Regards sur l'Europe industrielle : les enseignements de la conférence de Bernard Delvaux, CEO d'Etex
Panel - 29 juin 2026
À l'occasion de sa conférence au Cercle du Lac, Bernard Delvaux, CEO d'Etex, a partagé sa vision des grands défis auxquels fait face l'industrie européenne. Fort de son expérience à la tête d'un groupe présent dans 47 pays et comptant 160 usines réparties en Afrique, en Amérique latine, en Asie, en Europe et en Australie, il a livré une analyse lucide des transformations économiques et géopolitiques qui redessinent l'industrie mondiale.
Etex : une entreprise mondiale née d'Eternit
Le nom Etex trouve son origine dans Eternit, entreprise historique spécialisée dans les matériaux de construction. Aujourd'hui, le groupe développe des solutions dans le plâtre, l'isolation, la protection incendie et les matériaux en fibres-ciment, avec une présence industrielle sur tous les continents.
En 2025, Bernard Delvaux a lancé une réflexion stratégique afin d'évaluer la position du groupe face aux évolutions de son secteur. Si les performances actuelles d'Etex restent solides, les perspectives d'investissement en Europe apparaissent beaucoup plus préoccupantes à l'horizon des cinq à huit prochaines années. Les investissements industriels (CAPEX) se limitent désormais principalement au maintien des installations existantes plutôt qu'à leur développement.
Une Europe de moins en moins compétitive
Pour Bernard Delvaux, les difficultés ne sont pas uniquement belges : elles concernent l'ensemble du continent européen.
Depuis une trentaine d'années, l'Europe innove moins, ce qui affaiblit progressivement sa compétitivité. Cette perte de vitesse a longtemps été compensée par la dépense publique, un modèle qui atteint aujourd'hui ses limites.
La crise énergétique provoquée par la guerre entre la Russie et l'Ukraine a servi de révélateur. La fin des importations de gaz russe a entraîné une forte hausse des coûts de l'énergie, accentuant un handicap compétitif déjà existant face à d'autres régions du monde.
À cela s'ajoute une réglementation européenne de plus en plus lourde, notamment en matière d'émissions de CO₂. Une question se pose alors naturellement pour de nombreux industriels : pourquoi continuer à produire en Europe lorsque les coûts deviennent structurellement plus élevés que partout ailleurs ?
Le risque est évident : déplacer les capacités de production hors d'Europe tout en continuant à approvisionner le marché européen, avec les conséquences que cela implique pour l'emploi et le tissu industriel.
Une gouvernance européenne à repenser
Selon Bernard Delvaux, l'Union européenne souffre également d'un problème de gouvernance.
Le fonctionnement actuel, qui nécessite souvent l'unanimité des 27 États membres pour avancer sur les grands dossiers, ralentit considérablement les décisions stratégiques.
Il plaide ainsi pour des coalitions de pays prêts à avancer ensemble sur certains sujets industriels et économiques, plutôt que d'attendre un consensus européen difficile à atteindre.
Il estime également que plusieurs réglementations, notamment celles liées au marché du carbone, témoignent aujourd'hui d'une certaine déconnexion avec les réalités industrielles.
Le défi chinois : une concurrence sans précédent
L'autre grand sujet abordé concerne la Chine.
Au cours des vingt-cinq dernières années, le pays a connu une croissance industrielle spectaculaire, soutenue par des investissements massifs dans les infrastructures et les capacités de production.
Cette stratégie reposait notamment sur l'urbanisation rapide de la population. Mais le ralentissement du marché immobilier chinois a profondément changé la donne. De nombreuses villes nouvelles restent largement inoccupées, plusieurs grands promoteurs immobiliers se retrouvent en difficulté et l'économie doit désormais absorber d'importantes surcapacités industrielles.
Pour écouler cette production excédentaire, les entreprises chinoises se tournent massivement vers l'exportation, principalement vers l'Europe et l'Amérique latine.
Selon Bernard Delvaux, cette stratégie s'accompagne parfois de politiques de prix extrêmement agressives, destinées à gagner rapidement des parts de marché, voire à éliminer certains concurrents. La faiblesse relative de la monnaie chinoise renforce encore cet avantage compétitif.
Les pistes pour retrouver une ambition européenne
En conclusion, Bernard Delvaux a formulé plusieurs priorités pour permettre à l'Europe de retrouver une véritable dynamique industrielle :
- renforcer la coopération entre un nombre plus restreint de pays capables d'agir rapidement ;
- retrouver une énergie abordable afin de soutenir la compétitivité des industries européennes ;
- réduire la dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis, notamment dans les domaines de l'intelligence artificielle et du numérique ;
- sécuriser les chaînes d'approvisionnement des industries stratégiques, notamment celles liées aux matières premières critiques.
Au-delà des aspects économiques, son message se veut également porteur d'espoir. Pour lui, l'Europe doit retrouver une ambition collective, fondée sur une vision commune, une culture de l'innovation et un projet capable de mobiliser citoyens, entreprises et décideurs autour d'un objectif partagé.
Une conviction résume parfaitement son intervention : l'avenir industriel de l'Europe dépendra autant de sa capacité à coopérer que de sa volonté de retrouver une véritable ambition.





























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